Черная речка. До и после - К истории дуэли Пушкина | страница 81



et la famine avaient ruiné ses villages); tu dois comprendre maintenant s'il est possible de perdre la raison pour une pareille créature surtout lorsqu'elle vous aime! Je te répète encore: pas un seul mot à Bray parce qu'il est en correspondance avec Pétersbourg et il suffirait d'une indication de sa part à feu son épouse pour nous perdre tous les deux! Car Dieu seul sait ce qu'il pourrait arriver: aussi mon très cher ami, je compte les jours où tu dois revenir, et ces 4 mois que nous devons passer encore loin l'un de l'autre me paraîtront des siècles; car dans ma position, l'on a absolument besoin de quelqu'un qu'on aime pour pouvoir lui ouvrir son cœur et lui demander du courage. Voilà pourquoi j'ai mauvaise mine, car sans cela jamais de la vie je [ne] me suis mieux porté physiquement que maintenant, mais j'ai la tête tellement montée que je n'ai plus un instant de repos ni nuit ni jour, c'est ce qui me donne un air malade et triste.

Mon cher ami, tu as eu raison de me dire dans ta dernière lettre qu'un présent de ta part serait ridicule, en effet est-ce que tu ne m'en fais pas tous les jours, et n'est [-ce] pas par là que je subsiste: la voiture, la pelisse, eh bien mon cher, si tu ne m'avais pas permis de m'en servir il m'aurait été impossible de sortir de chez moi, car de mémoire d'homme, les Russes prétendent qu'il n'a fait aussi froid. Cependant le seul cadeau que je voudrais que tu me rapportes de Paris, ce sont des gants et des chaussettes de filoselle, c'est un tissu composé de soie et de laine, un porter très agréable, et très chaud, et je crois que cela ne coûte pas cher; si c'était le contraire, admettons que je n'aie rien dit. Pour du drap, je crois que cela est inutile: mon manteau me durera bien jusqu'à ce que nous allions ensemble en France, et pour un uniforme, la différence serait si petite que ce n'est pas la peine de s'en donner l'embarras. Quant au changement que tu me proposes pour mon logement, je n'accepte pas car je suis bellement installé et commodément dans le mien que je m'en passerais difficilement, d'autant plus que je serais gêné, et toi aussi, car outre que les soldats seraient continuellement sur le grand escalier, comme je rentre très tard, le portier serait obligé de rester sur pied une grande partie de la nuit, et cette idée me serait désagréable. Pour les étoffes que tu m'offres, je les accepte avec reconnaissance et cela ne sera pas du luxe car mes anciens meubles sont tout à fait mangés par les bêtes, mais à la condition que c'est toi qui choisiras, pour la raison toute simple que tu as beaucoup plus de goût que moi, et puis la couleur ne fait rien; comme l'été il faudra cependant blanchir ma chambre, on lui donnera la couleur qui convient à l'étoffe.